L’Europe a plusieurs vitesses, sombre déjà

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Le 20/03/2017

De peur de diviser un peu plus l’UE, les dirigeants européens ont convenu de limiter l’Europe à plusieurs vitesses à quelques projets.

Au lendemain du Brexit et en vue du sommet du 25 mars prochain, à l’occasion duquel sera célébré le 60e anniversaire du traité de Rome, les chefs d’État et de gouvernement ont fait de l’unité de l’UE une priorité.

L’Europe est confrontée à des « défis sans précédent », peut-on lire dans le document présenté le 10 mars par les 27 membres de l’UE. Le Royaume-Uni n’a pas participé aux discussions sur l’avenir de l’UE.

Les plus grands États membres, ainsi que le Benelux, s’étaient prononcés en faveur d’une « Europe à plusieurs vitesses » ces dernières semaines. « L’unité n’est pas synonyme d’uniformité, c’est la raison pour laquelle j’encourage de nouvelles formes de coopération», avait déclaré le président français, François Hollande, après le mini-sommet de Versailles, auquel avaient participé l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne le 6 mars.

Les 27 dirigeants ont cependant décidé de sacrifier des étapes d’intégration supplémentaires pour protéger l’unité de l’UE.  « Versailles c’était Versailles. Aujourd’hui, nous sommes de nouveau tous dans le même bateau », a affirmé un haut responsable européen le 10 mars.

La déclaration de Rome fera partie d’un processus plus large lancé par les pays en septembre dernier, dans le but de forger une nouvelle vision pour l’avenir de l’UE.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a indiqué que le scénario d’une Europe à plusieurs vitesses avait fait l’objet de longs débats le 10 mars. Il a ajouté que certaines capitales voyaient la solution d’une Europe à géométrie variable, comme « l’introduction d’une nouvelle ligne de démarcation, un nouveau rideau de fer entre l’Est et l’Ouest », et que ce n’était « pas ce qu’il souhaitait ».

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a quant à lui précisé que « l’unité des 27 constituera l’atout le plus précieux ». « Le meilleur slogan est: ceux qui veulent aller vite avancent seuls. Ceux qui veulent aller loin avancent ensemble », a-t-il ajouté.

Le besoin d’unité a été souligné après la dispute ayant éclaté le 9 mars entre la Pologne et l’UE. Le gouvernement conservateur polonais s’est en effet opposé à la réélection de son ancien Premier ministre, Donald Tusk, à la tête du Conseil européen. Les 27 autres États membres ont quant à eux voté pour sa réélection.

Le 10 mars, « les États ont fait preuve d’un comportement beaucoup plus constructif et positif », a déclaré Donald Tusk. La Première ministre polonaise, Beata Szydło, a en effet affirmé que la possible signature de la déclaration de Rome par tous les États membres était une « bonne nouvelle », alors qu’elle avait refusé de soutenir les conclusions du Conseil le 9 mars. Un diplomate européen a par ailleurs indiqué que Beata Szydło s’était montrée plus ouverte au cours des discussions sur l’avenir de l’UE, que durant le vote pour la réélection de Donald Tusk.

Les membres fondateurs de l’UE (Allemagne, France, Italie, Pays-Bas, Belgique, Luxembourg) et d’autres États en faveur d’une intégration plus approfondie, parmi lesquels le Portugal et l’Espagne, ont sacrifié l’opportunité de partager plus de pouvoirs pour renforcer un front uni.

Les États membres souhaitant une plus grande intégration pourront utiliser la méthode de coopération renforcée déjà existante, comme ils l’ont fait pour le brevet européen, la taxe sur les transactions financières, la loi sur les divorces et le parquet européen. Il s’agira d’une mesure de dernier recours ouverte à tous les États membres. Par conséquent, aucune « nouvelle forme de coopération », telle que ce qui avait été suggéré à Versailles, ne verra pour l’instant le jour.

En effet, « certains s’inquiètent qu’une Europe à plusieurs vitesses puisse créer différentes classes de citoyens européens », a déclaré Angela Merkel après le Conseil européen.

Pas de modification du traité pour le moment

L’UE peine à honorer sa devise, « unis dans la diversité », après le Brexit et dans un contexte de tensions grandissantes avec des États, tels que la Hongrie et la Pologne, qui cherchent à renforcer leur souveraineté nationale.

Le document de travail sur lequel se sont basés les États membres pour leurs discussions du 10 mars préconise « une Union indivisible qui se prononce d’une seule voix quand cela est possible, et agit à une intensité et des rythmes différents quand cela est nécessaire ».

« Je pense qu’il faut voir l’UE comme une famille dans laquelle chaque membre peut accéder à ces projets, sans pour autant devoir les accepter », a confié Angela Merkel aux journalistes.

La possibilité de modifier les traités, afin d’approfondir l’Union économique et monétaire, une priorité pour Madrid, Lisbonne et Paris, ou de donner plus d’importance à la coopération renforcée n’est plus à l’ordre du jour. « Les traités d’aujourd’hui seront les traités de demain », a déclaré Jean-Claude Juncker. « Nous devons respecter les traités, nous ne pouvons pas les modifier maintenant », a également conclu le président du Parlement européen, Antonio Tajani, le 9 mars.

P. JM. Robinne